On fait quoi le 14 ?
Dans une semaine c'est la saint Valentin.
La fête de l'amour ! Déjà que le type qui a inventé l'amour a mis un beau bordel mais en plus faut en faire une fête.
Avant c'était facile, le cro-magnon voyait une cro-magnone qui lui plaisait, il venait, assomait le père, la mère, le frère, la soeur, le mari, enfin tous ce qui se mettait sur sa route, attrapait sa conquête par les cheveux et la trainait jusqu'à sa grotte. Pas besoin de passer des heures à faire la cour ou faire semblant d'être interressé par la famine dans le monde. C'était clair. Et puis la cro-magnone savait dès le début à quoi s'attendre, elle ne pouvait pas se plaindre que son mari était devenu violent vu qu'il l'était dès le départ. Une époque de simplicité et d'innocence que nous avons, hélas, perdue quelque part en empruntant la route de la modernité et de l'égalité des sexes.
Avant, les jeunes gens avaient la bonne idée de remettre ce choix entre les mains de leurs parents. Le père et un peu la mère choisissaient l'époux ou l'épouse de façon posée et rationnelle. La fortune et la position sociale des beaux-parents étaient une bonne base de choix dans les couches un tantinet aisées. Chez les gens de plus basse extraction le choix se faisait surtout d'après le nombre de vaches et la taille du tas de fumier. L'amour venait plus tard comme disaient les vieilles frustrées.
C'est à peu près à cette époque là que le mec qui a inventé l'amour a déposé son brevet. A partir ce moment, il a fallu que les futurs époux se choisissent en fonction de critères plus ou moins extravagants et subtils. C'est beau, c'est mignon et ça fait faire n'importe quoi. Vous offrez des fleurs, vous racontez des poèmes, vous lui dites que vous allez partir ensemble, à l'autre bout du monde, qu'on s'en fout des parents et du "qu'en dira-t-on".... En fait l'amour romantique c'est le truc qu'ont inventé les mecs beaux et pauvres pour épouser les filles moches et riches. Parce que la fille, même si elle est tentée au début de partir au bout du monde cultiver des navets avec son amoureux, au bout d'un moment, elle essaye quand même le coup d'expliquer à ses parents ce qu'il en est et que même s'il est jardinier, il pourrait faire un bon époux.
Le problème de l'amour, c'est que ça rend idiot aussi, déjà que les jeunes filles n'étaient pas surpeuplées de neurones... Oh ! Il y eut bien un ou deux parents qui se firent avoir, mais pour l'essentiel, ils veillèrent au grain et sûrent mettre dehors, le jeune paltoquet qui se permettait de faire des avances à leur princesse, un peu ingrate de visage soit, mais leur princesse quand même.
Autant ça marche bien pour un beau gars qui voulait épouser une fille moche, autant si le mec avait un physique un peu plus difficile, il pouvait offrir toutes les fleurs qu'il voulait, c'était pas gagné. La fille préfèrait épouser le prince, pas beaucoup plus beau, mais, bon, il était prince, lui. Alors, un nouveau concept apparu dans le monde de plus en plus compliqué de l'amour : la beauté intérieure.
Alors, ça, c'est un truc finement pensé. L'idée c'est de faire en sorte que la princesse préfère le mec moche qui sait écrire des poèmes au beau prince aux biceps saillants. Curieusement le concept a plutôt pas mal marché et encore maintenant il arrive que ça fonctionne. Il faut dire aussi qu'il a été relayé par tout un tas d'écrivains, d'auteurs, de peintres et autres poêtes qui y voyaient surtout une aubaine personnelle plutôt qu'une avancée majeure de l'humanité.
Avec tout ça, les prents commencèrent à être un peu perdus. Les princesses tombaient amoureuse du sonneur de cloche bossu qui récitait des trooop beaux poèmes. Quand ils réussissaient à faire revenir à la raison la jeune péronelle, elle succombait au charme du jardinier. Le problème du jardinier était assez facile à résoudre en général, une grosse somme d'argent et une promesse d'explosion de rotules en cas de récidive marchait plutôt bien.
Et petit à petit, les choses se mirent en place. Les princesses comprirent qu'il valait mieux épouser le prince, d'abord pour faire plaisir à leur parents et aussi pour s'assurer un avenir. Elles profitaient des longues absences du prince pour compter fleurette au jardinier qui n'en demandait pas tant. Le bossu poète devint chanteur de charme, après un peu de chirurgie.
Dans notre monde moderne, les parents ne disent plus grand chose. De toute façon, les filles font exactement le contraire de ce que disent les parents. L'amour est devenu un truc super compliqué qu'on nous impose comme étant la base de toute relation. Pourtant à bien y regarder, il y a des gens qui s'aiment mais qui ne peuvent pas vivre ensemble, des gens qui veulent aimer à tout prix, même au pire, des gens qui aiment mais qui ne sont pas aimés, des gens qui ont aimé et n'aimeront plus, des gens qui aiment tout le temps. Il y a ceux qui veulent l'amour physique, ceux qui ne concoive l'amour que spirituel, ceux pour qui l'amour est un tout, ceux qui le cloisonnent. Ceux qui y croient, ceux qui n'y croient plus.
Et on a fait une fête pour tout ce fatras, une fête où les plus beaux textes écrits cotoyent les sextoys.
Ce qu'a oublié le gugus qui a mis en place la fête des amoureux en jurant ses grands dieux que "non, ce n'est pas une fête commerciale", c'est que pour ceux qui aiment, l'amour se fête tous les jours, et que le simple fait d'aimer est une réjouissance. Et elle est gratuite en plus.
Allez, il vous reste une semaine pour acheter un truc, ou trouver une bonne excuse. Ou pour comprendre qu'il n'y a besoin que d'un baiser le 14 février, mais un baiser sincère.