Blessures de foot

Tristan va faire du foot je crois cette année. C'est pas que ça me réjouisse, les valeurs que portent ce sport actuellement ne me plaisent pas vraiment, mais si c'est son choix et son envie, je n'ai pas à lui refuser.
Le problème du foot, c'est qu'il est érigé en institution chez les enfants, garçons surtout mais pas que. C'est un passage incontournable, moi même j'ai joué une saison en équipe dans le village où j'habitais avant de jeter l'éponge. Je voulais faire comme tous mes potes de classe qui ne parlaient que de foot et de leur match du week-end. Je voulais faire partie de ce groupe cool qui était toujours ensemble, jouait au foot dans le cours du collège et semblait tellement s'amuser. Moi qui était plutôt du genre solitaire, classé parmi les intellos sans intérêts, je rêvais de faire partie des mecs cools. Je me suis rendu compte, assez vite je crois, que le foot ne changeait rien et que je ne serais jamais un mec cool. J'ai laissé tombé tout ça, avant la fin de la saison même il me semble.
Tout cela ne concerne pas Tristan évidemment. Il n'est pas moi, il est lui. Il est plutôt bon en sport, il est extravertie avec le contact facile, il peut même être bon en foot. Aujourd'hui je l'ai conduit à un entraînement histoire qu'il fasse un essai. Ça lui a beaucoup plut, il a même réussi à mettre un but. Je pense qu'il va vouloir poursuivre. Un autre soucis que j'ai avec le foot est que c'est chronophage. Outre l'entraînement du mercredi, il va y avoir les matchs du dimanche ou du samedi. Finis les dimanches tranquilles donc. Parce que je ne me fais aucune illusion, il voudra participer aux matchs.
Mais je ne me vois pas lui interdire un sport qui lui plaît, même si je pense sincèrement qu'il l'aime pour de mauvaises raisons. Je ne peux pas être à sa place et je ne peux pas projeter sur lui les frustrations de mon enfance. Il fera donc du foot s'il le souhaite.
Il m'échappe parfois. Il y a tellement d'intelligence et de capacités en lui. Il ne cesse de surprendre, mais il choisit toujours la facilité. Parfois j'ai du mal à cerner ses raisonnement. Ce matin, il est resté presque une heure, seul dans le salon, en pleurs, inquiet de ne pas voir reviendra mère partie emmener Louise au college et qui a décidé au dernier moment d'aller faire des courses. Il a bien essayé de lui téléphoner mais une mauvaise communication, des bruits de fond comme ça arrive parfois et Tristan s'est monté un film sur sa mère heurtée par un train. Il était en larmes quand elle est rentrée de courses.
Le pire de cette histoire c'est que j'étais là. Je dormais. Il n'est pas venu chercher de réconfort auprès de moi, pas venu me parler de cette peur qui montait en lui et que j'aurais aussitôt désamorcé. Non, il n'est pas venu. Il ne voulait pas me déranger m'a t'il dit.
Quel genre de père peut inspirer ça à son enfant ? Comment me perçoit-il pour s'imaginer que je serais déranger par ses angoisses ? C'est soudain une vraie blessure pour moi. Toutes les questions habituelles et sans réponses se bousculent et se bousculeront encore longtemps. Entre ma raison, la logique et mon ressenti de père, la guerre est ouverte.
Peut être que tu liras ça plus tard. Tu auras oublié ce jour, cet évènement et c'est tant mieux. Tu n'es pour rien là dedans. Mes blessures d'enfant comme mes blessures d'homme ou de père ne concernent que moi au fond.