Grillage...de neurone
Les beaux jours reviennent.
Et Tristan s'en va. Il se sauve, le petit saligaud. Et comme après le jardin, il y a le trottoir et qu'après le trottoir, il y a la route, on le retrouve sur la route.
Bon, la première fois, on dispute. La deuxième on se fâche un peu. La troisième on sévit d'une tape sur les fesses. Et après on fait quoi ? Parce que, il continue à nous la jouer "on the road again", le baluchon sur l'épaule en moins le petit Lavillier (désolé, je n'ai pas trouvé de jeu de mots avec une boite de conserve chaude, bien que j'aurais préféré, alors je me rabats sur Lavillier. Et je tire mon chapeau à ceux qui comprennent). On va quand même pas le ligoter à la balançoire, même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque.
Nous voilà donc confrontés à des choix cornéliens. Nous, nous voulions une jolie haie pour border notre maison, mais voilà, une haie, ça doit pousser. Hey oui, quand vous regardez les catalogues, les pubs des grandes surfaces, les haies sont toujours magnifiques avec des jolies couleurs et des oiseaux qui chantent en coeur avec les papillons. Et vous, pris de l'envie de retour à la nature, vous vous jetez sur les arbustes, sans vous poser la question de savoir combien de temps il faudra à ses morceaux de bois rachitiques pour devenir le fier brise vue naturel que vous vante la photo de l'étiquette.
Alors on a planté. Et ça pousse doucement...doucement...dooouuuucement. Et personne ne m'avait prévenu. Quand j'en ai parlé à Carole, elle m'a regardée avec les yeux de celle qui se résigne à ce que le père de ses enfants ne soit jamais un être humain normal. Et comme j'attendais toujours une réponse, elle partit en soupirant de désespoir et en marmonnant quelque chose sur le fait de n'avoir pas écouté sa mère.
Bon, tout cela ne résoud pas notre problème d'enfant fuyant. J'ai donc fait l'inventaire de plusieurs solutions devant les yeux de plus en plus écarquillés de ma compagne. Je passe sur l'histoire de ligoter Tristan à la balançoire, je ne voudrais pas priver Louise d'une de ses activité favorite ou lui mettre un élastique autour de la taille attaché à la porte d'entrée, on aurait risqué de se prendre les pieds dedans.
Non, moi j'aimais bien l'idée d'une clôture électrique. Simple à installer et avec l'avantage de repousser les petits morveux qui voudraient venir jouer avec ma fille. J'ai bataillé ferme, debout sur mes convictions, mais Carole a eu raison de moi, à l'usure, comme d'habitude et j'ai cédé. L'idée de douves creusées autour de la maison m'a rapidement traversée l'esprit, mais l'image de moi en train de creuser une tranchée de deux mètres de profondeur en plein soleil m'a fait y renoncer. Bien que le fait que des crocodiles se promenant dans les douves auraient pu éloigner les morveux sus-cités me semblait à prendre en considération. J'ai renoncé rapidement aux pièges à loups et autres champs de mines, jugeant la dissuasion moins définitive et donc plus formatrice pour l'avenir de notre enfant.
Je passe rapidement sur les alarmes et autres fusées éclairantes qui n'auraient eu d'autres effets que d'attirer tout le voisinage comme une fête foraine. Idem pour les lasers, tasers, sasers, masers enfin tous ces trucs qui ne sont utiles que dans les films de SF et encore faut-il comprendre à quoi ils servent.
Au final et sur l'insistance lourde de Carole qui tenait déjà le téléphone avec une bonne partie du numéro des urgences psychiatrique tapé, je me suis résigné à étudier la possibilité d'installer une clôture le temps que nos buissonneaux deviennent une haie honorable, c'est à dire vers la majorité de Tristan, si ce n'est pas vers celle de ses enfants. Reste à choisir la clôture : grande, petite en bois ou en grillages.
J'avoue qu'à bien y réfléchir, le grillage vert et tout moche me séduirait plutôt. c'est facile à poser et pas trop cher. En plus, on pourra toujours l'électrifier quand les morveux commenceront à devenir des ados boutonneux et chargés d'hormones.