Un p'tit coup de mou !
Je voulais me plaindre de mes enfants.
Je voulais vous expliquer à quel point, je les trouvais chiants en ce moment et que même si je suis fatigué, un peu dans une phase de blues, je trouve que Louise et son frère sont gonflants. Ils sont dans une période où ils ne peuvent pas jouer ensemble sans se faire mal ou se taper dessus. Tristan est dans une période capricieuse où ce qu'il veut doit lui arriver tout de suite dans les mains sous peine de grosse colère. Il hausse le ton face à nous et n'hésite pas à nous tenir tête, le changer devient un combat où nous devons éviter de prendre un coup de pied retourné (pourtant il ne connait ni le catch, ni L.J. la catcheuse en herbe). En plus, il est plus gentil avec sa maman qu'avec moi.
On dit que les enfants ressentent les émotions des parents, qu'ils ont un sixième sens pour ça. Je vous promets que quand je suis irritable comme en ce moment, mes enfants n'ont pas besoin d'un sixième sens pour s'en rendre compte. Encore une histoire inventée par les pédopsychiatres pour augmenter le prix des consultations.
Je voulais donc me plaindre. J'avais commencer un texte ou je m'apitoyais sur ma situation actuelle et sur l'envie que j'avais de partir en Terre Adélie (si vous savez pas où c'est, c'est que j'ai bien choisi) sur un coup de tête.
Et puis, j'ai discuté avec une amie. De tout, de rien de choses futiles et importantes, de la vie et de tout le reste. Et ça m'a fait du bien. Et je sais pas vraiment pourquoi. Je n'ai pas parlé de mes états d'âme, je ne me suis pas reposé sur son épaule consolatrice. Non. Nous avons échangés des pensés, des idées, parlé un peu de sa vie à elle mais sans pathos, sans regrets, juste comme ça. Et je me suis sentis mieux.
Quand on déprime un peu, la tradition voudrait qu'on pense qu'il y a des gens qui sont plus malheureux que nous. Y a t-il sincèrement parmi vous quelqu'un à qui ce genre de phrase a remonté le moral ? Je sais qu'il y a des gens plus malheureux que moi (probablement plus que de gens plus heureux que moi d'ailleurs), mais je vais pas arrêter de broyer du noir pour leur faire plaisir, surtout qu'ils s'en foutent un peu que je déprime et peut-être même qu'ils sont tout contents que je ça m'arrive de temps en temps. C'est très égoîste un dépressif.
Je crois que quand j'ai un coup de blues, il faut que je parle avec des gens. C'est là que mon boulot est génial. Je peux parler de la pluie et du beau temps avec des inconnus qui voulaient juste savoir si j'avais le dernier livre de Marc Levy. Mes collègues se moquent assez de moi et du fait que je pousse le renseignement client un peu loin dans le temps et qu'une question simple n'appelle jamais chez moi une réponse courte. Je suis le seul à supporter les appels incessants d'un client pour savoir le nom de la chanson la plus connu de Calogero, Yes ou un obscur chanteur des années 70 (il ne m'a encore rien demandé sur Frantz Ferdinant, probablement parce que personne ne connait ce groupe). C'est pour ça que mon boulot me fait du bien souvent, parce qu'il me sert de défouloir et plus il y a de monde, plus je suis content. Et quand il n'y a pas grand monde, je me tourne vers mes collègues qui n'ont d'autre choix que de me supporter.
J'ai la chance d'avoir toujours trouvé sur ma route des gens avec qui je prenais plaisir à parler, des gens avec qui je pouvais avoir de vraies conversations, avec qui je pouvais refaire le monde, refaire nos vies. Je suis en manque des fois des longues nuits que je passais à discuter de tout et de rien avec des personnes intérressantes. Mais je sais que la période actuelle de ma vie ne me permet plus de faire ce genres de choses, et puis les nuits blanches à mon âge, ce n'est plus recommandé. Je dois vous paraitre un tantinet bizarre, mais je ne suis pas nostalgique de mes sorties en boite ou de mes beuveries de jeune adulte, mais j'avoue que les nuits de conversations à deux, trois ou plus, me manquent certains soirs d'hiver ou d'été.
Je voulais me plaindre, mais je ne le ferai pas. Mes enfants sont toujours chiants ces jours-ci. Je suis toujours fatigué, mais ça va. Je sais que c'est provisoir, que je trouverai bien un moyen de me reposer et que de toute façon mes enfants finiront par aller en pension rapidement s'ils continuent comme ça.
En fait je voulais juste écrire sur tous ces gens qui m'écoutent, qui me parlent, qui me font confiance et qui, à mon grand étonnement, semblent apprécier ma conversation, même si des fois, ils doivent se poser des questions sur ma santé mentale. Un jour peut-être j'écrirai un texte sur toutes ces personnes que j'ai croisé, qui ont été ou sont encore importantes pour moi.
Je sais ce que c'est que de se sentir riche des rencontres qu'on fait. Et je sais aussi que les gens ne cesseront de me surprendre, c'est pour ça que je ne deviendrai jamais vieux.