La montagne, l'air pur, les chutes.
Tristan est tout abimé.
Carole a décidé de passer le dimanche chez ses parents. Comme je travaillais tard samedi, je me suis servi de ça comme excuse pour ne pas y aller. C'est plutôt confortable de finir à vingt et un heures, ça me permets d'expliquer que :
" je serai fatigué, ça vaut pas le coup que je monte dans le Haut-Doubs pour si peu de temps et si, en plus, il y a de la neige, tu imagines, vu que chez tes parents le portable capte pas, si je tombe en panne dans la tempête, sans moyen d'appeler les secours, avec les loups qui rôdent et touts les autres animaux sauvages qui hantent les hauteurs de Morteau... Non, non, c'est trop risqué, je reste à la maison !".
Résultat, j'ai pu dormir douze heures. Ca fait du bien, je ferais bien ça pendant encore un jour ou deux si je pouvais, mais toutes les bonnes choses ayant une fin contentons nous d'être heureux qu'elles aient un début.
Et pendant que moi je dormais en rêvant à des trucs tellement irracontables que même mon cerveau à refusé de me les rappeler au réveil, Tristan décidait d'ajouter de nouvelles cicatrices à celles qu'il s'est faites la semaine dernière. Souvenez-vous qu'il s'était écorché la joue en faisant un roulé boulé de plusieurs mètres dans un talu forestier. Et bien cette semaine, il a décidé de renouveler l'exploit, mais cette fois dans le petit escalier en pierre du jardin de mes beaux parents. Il a certes perdu en terme de distance de chute, mais il a gagner en consistance du sol. Le voici donc avec de nouvelles écorchures sur la joue et sur le nez. Et il est prévu qu'il passe quelques jours chez ses grand-parents pendant les vacances de février...
Et il est rentré ce soir tout abimé avec son pansement sur le nez, tel le boxeur au sortir d'un gros match ou tel le maladroit qui s'est pris une porte, c'est selon.
Alors, vous pouvez toujours me sortir votre couplet sur la vie au grand air, sur les bienfaits de la montagne et de son oxygène si pur. Moi je constate que ça fait deux fois en deux semaines que mon fils y va et qu'il en revient tout cabossé. Si la vie à la campagne était si bénéfique que ça, tout le monde n'irait pas vivre en ville. En plus, il y a très peu de chemins forestiers en ville ce qui prouve bien que les gens qui ont conçu les villes ont pensé aux risques d'accident que cela pouvait poser.
Comme Carole rentrait avec les enfants vers dix-neuf heures, j'ai préparé le repas. Et les enfants n'ont rien manger. Ca c'est un truc qui me gonfle. Quand vous faites un repas pour des amis, ils mangent, même si c'est pas bon, ils sont vos amis alors ils n'ont pas le choix. Quand vous mangez chez des amis, vous mangez, bon ou pas bon. C'est extrêmement frustrant, quand, après avoir mangé une boucher ou deux, Louise sort :
"Mais tu sais papa, en fait, j'ai pas très faim ce soir...Je peux prendre un yaourt ???".
Ou quand Tristan dès la première cuillère recrache les carottes et les haricots en faisant :
"Bouuuaaahhhh ! Ayourt ??"
Non, mais c'est pas si mauvais que ça ce que j'ai fais à manger ?? Carole me regarde et dit :
"Tu sais, je suis enruhmée, alors j'ai pas très faim ce soir...Je prends du fromage !!"
Je sais de qui tient Louise.
En plus, dans ces cas là, on culpabilise toujours un peu, on se demande si nos enfants ne vont pas avoir faim, si ils ne vont pas se réveiller en pleine nuit avec le ventre qui gargouille. Ce qui me gênerait le plus c'est pas tellement qu'ils aient le ventre qui gargouille, c'est qu'ils me réveillent en pleine nuit. On a quand même tendance à les gâver nos marmots. On croit que s'ils mangent bien, ils dormiront bien, ils seront en forme. Alors qu'on sait très bien que si nous on mange trop le soir on va mal dormir ou somnonoler toute l'après midi quand on a fait un bon repas.
J'ai déjà envoyé Louise et Tristan au lit sans manger, quand ils faisaient trop de cirque au repas, ils n'ont pas perdu de poids, je vous promets. En plus, il est hors de question que je reconnaisse que ce que je fais à manger soit mauvais, j'ai ma fierté de père moderne. Et même, admettons que, de temps en temps, par un hasard malencontreux ou un imprevu notoire, ce que je cuisine soit infecte, je refuse que mes enfants me le fasse remarquer. Ils n'ont qu'a faire comme tout le monde : manger, dire que c'est délicieux et aller se coucher le temps que les ballonements cessent.
C'est quand même pas mes enfants qui vont faire la loi... Non mais.