Les petits matins qui hurlent
J'aime bien le matin.
Un peu par obligation. Je dois aller travailler de temps en temps. Et quand je ne travaille pas, il y a les enfants.
Mon matin préféré, c'est un matin d'été, quand il fait encore frais, que le jardin est recouvert d'une légère rosée. Un petit café sur la terrasse tout seul, c'est le rêve. J'admets Louise dans ce matin idéal, une Louise calme, bien réveillée, de bonne humeur, buvant son cacao en me racontant des histoires de princesses et de dragons qui se font éclater la tronche par les Gormiti.
Ce matin parfait, j'en ai quelques un dans l'année, plus ou moins réussi. Mais, la plupart du temps, les choses ne se passent pas comme ça. Tout d'abord parce que les petits matins d'été, il y en a moins que des moches matins de tout le temps. En plus, Une Louise bien réveillée, bien reposée c'est pas ce qu'il y a de plus répandu.
Un matin habituel est plutôt du genre agité. On court après le temps, Faut que Louise prenne son petit déjeuner, s'habille et se prépare pour l'école. Sans compter sur Tristan qu'il faut nourrir aussi et accessoirement surveillé pour qu'il ne mange pas en plus de ses céréales, les croquettes du chat.
Ces matins là, Louise sait y faire pour nous mettre en boule, elle sait que le temps est compté. En plus, Carole étant, mine de rien, directrice d'école, elle se doit d'être en avance sur les parents et sur ces élèves. Et Louise joue la montre, elle prend son temps, mets une demi heure à s'habiller au lieu des dix minutes qui séparent le "tu t'habilles Louise" du "allez dépêches toi, on est en retard", qui en général précède le "bon, ben Tristan et moi, on est prêts, on y va, tu restes là toute seule !!!", ce qui fini par donner des résultats. Après, il faut varier. Le même scénario tous les matins risque de devenir un rituel. Et là ça complique les choses.
Le plus énnervant, ce n'est pas d'être en retard. On calcule, Carole et moi, une marge d'erreur suffisante pour que la perte de temps ne devienne pas problématique. Ce qui fâche, c'est l'attitude de Louise. C'est un des rares moment (avec le soir au moment du repas) où elle est réellement frondeuse, où elle prend délibérément son temps sachant pertinemment que cela risque de finir en colère et en larmes. Elle traine, elle s'habille par à-coups, elle court à poil dans la maison pour trouver son doudou, puis cinq minutes plus tard en culotte pour aller aux toilettes, encore cinq minutes pour la voir jouer avec son frère en sweet et chaussettes. Bref, pendant ce temps là, nous on a bu notre café, on s'est lavé, habillé, on a habillé Tristan, préparer ses affaires pour chez la nounou. Reste plus qu'a mettre notre manteau et on est prêt. Et là Louise arrive, les cuisses à l'air, en disant un truc du genre :
"Je trouve pas mon jeans ! "
"Heu, il était avec ton sweet, ta culotte et tes chaussettes tout à l'heure, je t'ai tout donné ensemble !!"
"Oui, mais je sais plus où il est"
"Il est là ! Sur le canapé, devant toi !"
"Où (tête qui tourne dans tous les sens en évitant soigneusement l'endroit que montre mon doigt, à savoir le jeans sur le canapé) ? Je le vois paaaasss !! (gros froncement de sourcils du papa...) Ah ! oui, il est là".
Le pire étant les matins où elle sort :
"Papaaaa, je veux pas mettre mon jeans, je veux mettre une robe"
"Louise, il fait moins dix dehors, ce n'est pas un temps à mettre une robe"
"Mais moi je veux mettre une roooobeeeuuuuu!".
Dans ces cas là, on sait que Louise a décidée de nous pousser à bout. L'histoire de la robe n'est qu'une excuse. Si on cède et qu'on lui trouve une robe chaude d'hiver, elle va nous faire un scandale parce qu'elle veut la petite robe rose d'été...Si on cède, et qu'on rajoute une couche de vêtements par dessous pour pas qu'elle ait froid, elle va se plaindre parce qu'elle voulait mettre un jeans en fait. Dans ces moments là, on sait qu'on n'évitera pas le conflit, c'est ce qu'elle cherche. Alors on va au conflit, elle finit frustrée, en larmes, des fois punis, mais elle a eut ce qu'elle cherchait : une limite. C'est super bizarre la psychologie d'un enfant.
Donc, quand j'emmène Louise à l'école le matin, je suis systématiquement énervé quand on part. Et je vous passe le fait qu'elle prend son temps pour aller de la maison à la voiture et de la voiture à l'école. c'est bien simple, ses trajets là, se sont quasiment les seules où elle ne court pas et où elle s'arrête pour regarder d'improbables insectes qui seraient dehors un matin d'hiver par une température négative.
J'aime bien le matin. Mais les matins de mercredi, les matins de week-end ou de vacances. Petit, je n'aimais pas les matins d'école, fallait toujours se presser. Maintenant, à quarante ans, je n'aime plus les matins d'école. Faut toujours se presser mais en plus, faut toujours se fâcher.