Les papas d'avant mourraient jeunes.
Aujourd'hui, baby sitting.
La maitresse de Louise est malade et la nounou a eu un gros empêchement qui fait qu'elle n'a pas pu garder Tristan. La dernière fois qu'il a fallu rester à la maison, c'est Carole qui s'y était collée et comme en plus, elle avait plein de gens à voir et des élèves à martyriser au nom de l'enseignement et du savoir, je suis resté à la maison avec mes enfants.
Autant des fois, cela me fait super plaisir de rester avec eux une journée, autant en ce moment, je m'en serais bien passé. Mais bon, comme le dit une de mes amie "c'est la vie", avec le ton joyeux de celle qu'on accompagne à la chaise électrique et qui sait que sa seule chance de survie est une coupure de courant dûe au non-paiement de la facture d'électricité.
Bon, après tout, les papas modernes doivent savoir affronter ce genre de situation. En fait, c'est pas tellement que les papas modernes restent à la maison, c'est que les femmes modernes travaillent. Eh oui ! Des années de lutte, de combat pour obtenir le droit à aller pointer, à l'indépendance. Je comprends maintenant, elle voulaient juste pouvoir se barrer loin des enfants de temps en temps.
Pendant des siècles elles ont souffert du devoir de mère. Etre à la maison, s'occuper des repas et des enfants, n'être qu'une machine à faire de bébés. Tout ça c'était acceptable tant que la mortalité infantile était élevée. Tant qu'un enfant sur deux mourrait avant d'avoir un an, ça laissait des périodes de calme entre deux naissances. Et puis avec les accidents, les maladies, au final, il n'y avait pas autant d'enfants que ça à s'occuper. Sachant qu'en plus dès trois ans, elles s'arrangeaient pour mettre les mômes dans les pattes de leur père pour aller aux champs ou servir d'appâts à la chasse à l'ours, la vie des mères coulaient des jours heureux au bord des lavoirs à essayer de comprendre ce que pouvait bien dire la Mère Denis avec son accent à la con.
Et puis de temps en temps, il y avait une épidémie ou une guerre qui leur permettait de changer de mari et de repartir à zéro. Tout ça sans compter que la médecine légale en était à ses balbutiements et qu'on pouvait facilement faire passer un type avec une fourche plantée dans le dos pour un suicide. Joyeuse époque où le divorce n'existait pas, où l'on vivait ensemble jusqu'à la mort, du mari le plus souvent et en général dans un accident de chasse au mamouth, animal vicieux qui n'hésitait pas à venir étouffer le chasseur dans son sommeil alcoolisé.
Mais voilà, le progrès était en marche et surtout les hommes commencèrent à se douter de quelque chose. Ils inventèrent donc la police pour enquêter sur les suicides et les accidents de chasse, la médecine légale qui permit de prouver qu'une hache enfoncée dans la tête était rarement dûe à une maladresse. Et parallèlement, la médecine évolua, la mortalité infantile recula, les épidémies diminuèrent jusqu'à devenir anecdotique (et même si la dernière en date, il y a deux ans, fut un échec commercial, vous remarquerez qu'elle a été orchestrée par une femme). Là commença la période noire des mères au foyer. Le rythme des naissances faiblissait peu et les enfants survivaient de plus en plus souvent. Les pères prirent les choses en mains, ils mirent en place des techniques permettant d'éloigner le plus tôt possible les mômes du foyer surchargé. Ils inventèrent le tracteur ( ce qui permit de relancer le nombre d'accident mortel chez les enfants ), les scouts, le service militaire et les équipes de foot. Ils mirent en place un système de vente d'enfants pour soulager les familles nombreuses, mais l'offre étant toujours aussi élevée, ils élaborèrent le principe des voyages scolaires en bus avec un chauffeur ivre, astuce qui perdure de nos jours.
Mais le temps passant, les choses ne s'arrangèrent pas vraiment. Seul la baisse de la natalité sauva le pays d'une surpopulation critique. Les mères, lassées et fourbues commencèrent à vouloir autre chose que des couches sales et des seins qui tombent, elle s'organisèrent et voila comment débuta la libération de la femme.
Pour le coup, ceux qui se sont fait avoir dans l'histoire, se sont les pères comme moi, obligés de rester à la maison pour changer les couches et moucher le bébé. au lieu d'aller au champs ou à la chasse au sanglier. Les mecs célibataires sont tout contents car ils peuvent croiser des femmes au boulot plutôt que d'aller les chercher directement chez leur père (ce qui pouvait s'avèrer risqué suivant le niveau d'équipement en armes à feu du père en question) et de verser une dote (ce qui correspond un peu à acheter une boite de conserve qui n'a pas d'étiquette, c'est la surprise à l'ouverture). Les pères de la vieille école s'en moquent puisque pour eux, qu'elle bosse ou pas, leur femme doit faire la cuisine, le ménage et s'occuper des trucs hurlants qui courent partout et qui sentent pas bon.
Me voilà donc dans la mauvaise catégorie, celle qui à la tombée de la nuit hésite entre aller coucher l'enfant et soupirer de soulagement ou aller abandonner l'enfant en forêt et soupirer de soulagement mais avec un petit remord au fond, qu'on écrase finalement comme une araignée.
Ce soir, je suis aller coucher Tristan, j'ai eu une conversation avec Louise sur les aigles géants et maintenant je me pose un peu. La journée a été agitée et fatiguante. Ils n'ont pas étés de tout repos, mais bon. On a eu aussi des moments sympas.
Allez, juste pour le fun : j'ai demandér à Tristan " il est où ton nez ?" en montant le mien et lui n'a rien trouvé de mieux que de mettre son index dans sa narine (juste pour rire, il a le nez qui coule !), et maintenant quand on lui demande où est son nez, il fourre carrement une phalange dans son pif en souriant fièrement.
Et comme je suis trop fatigué pour trouver une conclusion sympa, je vous dis juste à bientôt.