Les dinosaures ont disparus
C’est le cycle de la vie, les dinosaures s’éteignent.
Louise les délaisse petit à petit, au point qu’ils ont quasiment disparu de ses jeux et de ses lectures. Ils sont remplacés par les licornes et les chevaux.
Après en avoir discuté avec d’autres parents, il apparait que c’est un passage obligé, une transition normale chez beaucoup de petites filles. Je trouve ça dommage moi. Abandonner ses magnifiques géants disparus pour de banals chevaux. D’accord, la licorne ce n’est pas banale, mais c’est juste un cheval qui est malfoutu.
Parce que, avouez quand même qu’il est plus plaisant d’avoir une fille qui veut être paléontologue que cavalière à cheval. Je n’ai rien contre les cavalières mais paléontologue, cela fait quand même mieux.
Oui, ma fille est paléontologue, elle fait des fouilles aux Etats-Unis là, après elle va partir quelques mois en Chine avant de revenir au Muséum d’histoire naturel de Paris pour traiter ses découvertes….
Moi ma fille elle est cavalière…. Elle fait la fête du cheval de Plombière les crapouillots là, après elle va faire une compétition à Vesoul avant de revenir au haras pour nettoyer le box de toute le crottin qu’il contient…
Non, y-a pas photo.
Je sais bien, les choses changent, elle va avoir d’autres centres d’intérêts plus tard. Oui, mais c’est la direction prise par les choses qui m’inquiète. Les dinosaures, les chevaux, après ce sera quoi ? Les bulbes ?
Quand elle jouait, elle jouait au dinosaure, elle était une maman tricératops ou allosaure qui protégeait ses petits. Tristan faisait le petit. Elle poussait des grognements, se déplaçait comme les dinosaures dans les documentaires et s’attaquait au chat qui ne comprenait pas tout mais en même temps personne ne lui a demandé de comprendre.
Aujourd’hui elle peigne ses poneys… Roses ou violets de préférence les poneys.
Pourquoi elle n’a pas fait l’inverse. Passer du poney aux dinosaures, voilà une évolution, voilà une construction de vie, une avancée significative vers l’avenir et vers la science qui nous guide et nous rend meilleurs de jours en jours. Mais là, c’est passer du caviar au surimi, du champagne rosé au coca de Beethoven à Christophe Maé (oui ça faisait longtemps, mais vu qu’il sort un nouvelle album, je marque le coup).
Mais bon voilà, les poneys roses, les chevaux mauves et les licornes à paillettes sont les seules animaux qui trouvent grâce à ses yeux depuis quelques temps. Je crois que ma fille se pouffise.
Il suffit d la regarder avec ses copines, comparer leurs cheveux, coiffer le cheval de Barbie et faire des nattes aux Petits Poneys. Cela promet. Je crois que c’est l’école qui gâte ma fille. Toutes ses petites filles en rose paillette qui ne jurent que par Hello Kitty ou tout autre personnage mauve et qui brille. Louise est au-dessus de ça mais elle est tellement gentille qu’elle se laisse influencer par cette bande de futurs pouffes qui gloussent tous les trois secondes. Franchement, si j’étais enseignant, je passerais mon temps à leur mettre des gifles moi.
Alors oui, je m’inquiète que ma fille délaisse les dinosaures et préfère les licornes. Je la voyais bien devenir paléontologue. La seule solution que je vois, c’est lui faire comprendre que si elle veut être proche des animaux, elle peut toujours être vétérinaire. Et de vétérinaire, la pousser à faire médecine. Médecin, c’est moins glamour que paléontologue, surtout de nos jours, mais c’est mieux que cavalière quand même.
Oui, je sais bien que me préoccuper de ce que ma fille fera plus tard alors qu’elle va avoir sept ans, c’est peut être un peu exagéré, mais si je ne le fais pas, qui le fera ? Et c’est là, maintenant qu’elle est face au grand défi, au grand changement de sa vie, tyrannosaure ou petit poney. Tant de vie on basculées, tant de petites filles ont vues leur avenir sombré dans la banalité d’un quotidien ennuyeux juste parce que personne n’a eu le courage à un moment de dire non aux petits poneys crétins qui on fait presque autant de dégât que la poupée Barbie sur le cerveau fragile de nos filles innocentes.
Mais bon, ma fille reste ma fille et malgré tous les efforts de la cours de récré et des petites pestes qui la peuple, Louise garde quand même quelque part ce petit quelque chose que les autres ne pourront pas pervertir. Elle a beau jouer avec ses poneys, coiffer le cheval de Barbie et mettre des paillettes sur son vieux cheval à bascule, il n’en reste pas moins que lorsque je lui ai demandé ce qui lui ferait plaisir pour son anniversaire, elle m’a répondue « un livre avec une figurine de dragon ». Voilà, ça c’est ma fille. Et je lui trouverai son dragon, rien que pour avoir le plaisir de la voir jouer au dragon qui attrape et dévore le petit poney et le cheval de Barbie