Les fleurs du mâle.
C'est la Saint-Valentin.
Le jour du "laisse chérie, aujourd'hui, c'est moi qui fait la vaisselle".
Le 14 février c'est le jour où l'homme ramène des fleurs à la maison. Pourtant il partit chasser le mammouth comme tous les jours. A midi il fit une pause au bistrot avec ses potes pour boire une bière ou deux et après une grosse sièste, il retourna chercher de la viande pour le repas. Au soir tout heureux, sur le chemin du retour, le gigot de pachiderme sur l'épaule, il s'arrêta net. Un truc le chiffonnait depuis plusieurs heures, un truc à propos du jour d'aujourd'hui et du fait qu'il n'avait pas intéret à oublier ce quelque chose s'il voulait pouvoir passer une soirée tranquille et une nuit calme. Et ça trottait dans sa tête et ses sourcils se fronçèrent sous l'effort de reflexion (c'est un homme après tout, c'est plus difficile pour lui). Il se rappela vaguement sa femme lui disant que s'il oubliait "se sera même pas la peine que tu m'approches dans le lit pour les six mois à venir". Ce qui prouvait bien que c'était quelque chose d'important. Mais quoi ? Bon a tout hasard, il cueillit des fleurs, on ne sait jamais, c'est passe partout et ça va bien avec tous les évenements.
Vous ne connaissez pas ça mesdames (peut-être que si, pour certaines d'entre vous), cet instant angoissant qui surgit lorsque, rentrant du travail, avec le sentiment du devoir accompli et la fierté d'avoir encore mérité de poser les pieds sous la table pendant que l'assiette de soupe se pose dessus, vous vous apprêtez à mettre la main sur la poignée de porte rassurante du foyer, quand soudain, dans un éclair de lucidité, le jour vous revient en tête et s'incrit en rouge fluo dans le flou brumeux de votre esprit fatigué. La Saint Valentin.
Et m.... Là l'affolement vous guette, quelle heure est-il ? Trop tard pour les magasins. Vite, une excuse : le boulot ? Non ça ça ne marche plus. Les embouteillages ? Non plus, on vit à la campagne. Une réunion imprévue qui fini tard ? Je lui ai déjà fait le coup l'année dernière. Une urgence ? Une vie à sauver ? Elle me connait, elle ne me croira pas. Est-ce que je n'ai pas un truc dans la voiture qui puisse servir de cadeau ? Du liquide de refroidissement ? Est-ce qu'elle ne risque pas de le prendre mal ? Un enjoliveur ? Un essui-glace ? Votre tête tourne dans tous les sens, votre esprit fonctionne à toute vitesse, vous savez que vous jouerez peut-être votre vie dans les minutes qui viennent.
Vous finirez par rentrer chez vous portant un pot de pervenches "emprunté" au balcon du voisin et dont vous espérez que personne ne remarquera l'absence. Au regard affectueux mais étonné de votre compagne, vous répondrez par un "bonne fête ma chérie" suivie d'un "mais non, tu vois bien que j'y ai pensé...Bon le pot est un peu sale mais c'est parce que j'ai roulé vite pour rentrer te voir et qu'un peu de terre est tombée. Voui, c'est joli les, ces, enfin ce végétal et il est de saison. En plus, une plante en pot c'est plus sympa que des fleurs coupées...Tu trouves pas ?". La crainte d'être découvert fera petit à petit place à un rassurant sentiment de victoire et à la certitude d'avoir éviter les ennuis. C'est marrant mais à aucun moment vous ne vous sentirez coupable, sans doute parce que c'était une question de survie.
La saint Valentin, c'est un des rares moments de l'année avec l'anniversaire de mariage ou celui de sa femme où l'homme prend un risque certain. Tous ceux qui ont oublié de fêter comme il se doit un de ses jours s'en souviennent. C'est dans ces moments là qu'on se rend compte à quel point une femme peut-être dangeureuse.
Bon, je vous laisse, j'ai une petite course à faire avant que Carole rentre.