La berceuse piègée.
Je ne suis pas les règles.
On vous a expliqué aussi comment faire avec les enfants, ce qu'il convient de dire, comment on les couche, comment on les dispute. Plein de livres sont écrits là-dessus tous les ans. Grâce à tous ses pédopsychiatres, nos enfants sont heureux, intelligents, ouverts sur le monde et pacifiques. On en a la preuve tous les jours.
Mais moi, je suis un rebelle, moi les modus operandi, je les renvoie chez les grecs.
Hier et ce soir, Tristan a eu du mal à s'endormir. Hier et ce soir, je suis allé dans sa chambre, je l'ai pris dans mes bras et je l'ai bercé jusqu'à ce qu'il s'endorme. Bon hier, ça n'a pas fonctionné des masses, à peine la porte de sa chambre refermé, il se mettais à pleurer. Mais comme je suis un papa têtu, j'ai recommencé ce soir et il s'est endormi et dort profondement.
Les docteurs de la tête des enfants me diront que ce n'est pas une bonne idée, qu'en faisant ça, je me piège et que je vais être obligé de le faire tous les soirs et qu'il faudra de plus en plus de temps pour l'endormir et patin-couffin...
Je le sais tout ça, je le sais tellement bien que je me suis fait pièger presque pareil par Louise. Elle ne s'endormait pas dans mes bras, elle ne s'est plus endormie dans les bras de quelqu'un depuis qu'elle à six mois. Mais, petite, elle pleurait jusqu'à ce que je vienne près d'elle, que je lui chante une chanson pour l'endormir. Il fallait que j'ai ma main posée sur son ventre, c'est comme ça qu'elle savait que j'étais encore là. Au début, je devais rester dix minutes, puis ce fut vingt et trente. Au final, Carole, qui dès le départ avait senti le traquenard, fini par me convaincre de mettre un terme à ces retraites au berceau. Ce ne fut pas facile pour Louise, mais Carole avait raison (qui a dit "comme toujours" ?...Bon tu sors ! ).
Le truc c'est que c'est agréable comme moment. Dans le noir, au pied du lit de ma fille presque endormie. C'est un peu une pause, un petit instant grapillé au monde avec l'essentiel à côté de soi. On manque de ces minutes de paix où tout ralentit. C'est pour ça, je pense, que je supportais ses caprices, parce que quelque part j'y trouvais quelque-chose d'apaisant et qui me permettait de jouir de quelques minutes de quasi solitude. Louise a continué à m'avoir, ou à chercher à le faire. Elle essaie encore de repousser l'heure où on la laissera seule dans son lit. Quelques fois je cède et je reste un peu pour discuter avec elle de tas de trucs improbables. C'est reposant. Bon, souvent, je trouve ça agaçant de sa part de toujours poser une question alors qu'on quitte sa chambre.
C'est pour ça que quand Tristan se met à pleurer et que je vais le prendre dans mes bras pour le bercer, je sais que ce n'est pas la meilleure solution, en tout cas, pas celle recommandée dans les livres. Mais voyez-vous, mon fils a besoin d'être porté, il s'endort dans mes bras, je sens le rythme de sa respiration changer, ses muscles se relâcher, je le sens s'endormir. Et ça c'est magnifique.
En fait je crois que tous ces gens qui écrivent des livres sur la façon d'élever les enfants, ont tellement travaillé sur le sujet qu'ils ont oublié de s'occuper de leurs enfants. C'est des années d'études pour pondre leur pavés.
Mais au final, ça pèse pas grand chose à côté d'un enfant qui s'endort dans vos bras.