Chérie, je vais chasser le mammouth !!
J'avais raison.
Je vous avais dit que je m'attendais à ce que Tristan chope autre chose après sa conjonctivite, histoire de ne pas nous laisser nous reposer. En fait c'est Louise qui a attrapé une boncho-truc que tous les mômes ont à l'école. Donc re-nez bouché, re-antibios, re-toux, enfin, que du connu et du normal, pas de quoi s'affoler.
Tristan lui attend patiemment que sa soeur guérisse pour se mettre à couler du nez (je le sens à son regard fourbe !!).
En fait, j'écris actuellement avec le bébé dans les bras, je tape d' une main et caresse de l'autre ( faut pas que je me trompe, ça fait bosser la coordination). Il est tout mignon dans son pyjama jaune canari. Il joue avec les écouteurs qui en temps normal, quand j'écris, son rivés à mes oreilles. Je pense qu'il va falloir que je m'en rachète... Il attrape ses pieds et roule sur le coté, je l'imite....Ça fait mal...Il me regarde et éclate de rire, me tire par la manche et fourre mon majeur innocent dans sa bouche baveuse...Beurk...Faut nettoyer le clavier maintenant. Il ronchonne, c'est l'appel du petit pot, le chant stressant du ventre vide qui fait que, depuis la nuit des temps, les mâles courent après tout ce qui est comestible pour faire taire leur progéniture. Affronter un mammouth pour que le petit la ferme un peu, n'est pas si cher payé. Et même aller chercher le mammouth loin, très loin, n'est pas si rude que ça quand l'alternative est criante.
Les marins sont les plus malins, dix, quinze, vingt jours de mer pour ramener du poisson aux marmots rugissants. Voila pourquoi les enfants portent, soi-disant, malheur sur les bateaux. On se barre loin de leur cris, c'est pas pour les emmener avec nous. Et les trappeurs préférant partir des mois dans la forêt et combattre un ours que d'entendre la complainte du mioche en Alaska (ouais, y a des références cachées qui échapperons à la plupart d'entre vous, mais bon, il existe quelques personnes cultivées qui viennent de temps en temps...Hein...?!). Et les cosmonautes....Ok, mauvais exemple, ça ramène rarement un martien pour le dîner !
De tout temps, le père a fuit la maison pour échapper aux pleurs des enfants affamés, ne revenant qu'avec de quoi les faire taire.
Et aujourd'hui, nous, pauvres pères modernes, sommes condamnés à rester. Notre terrain de chasse est devenu le frigo ou le cellier où nous attend l'animal sauvage déja réduit à l'état de petit pot blédina prêt à consommer. Plus d'excuse pour partir loin et longtemps. Dommage, des fois je me barrerais bien pendant deux ou trois mois, prétextant, comme le fit en son temps mon saint homonyme anglais, la chasse aux dragons (il avait déjà un frigo ? Ou alors, en plus des enfants qui hurlaient, peut-être que sa femme...). En plus, moi qui bosse en grande surface, je n'ai même pas l'excuse d'aller faire les courses, j'y suis déjà !!
Nous voila donc, vivant l'ultime aventure du père, aller jusqu'au cellier en espérant qu'il reste du pomme-banane pour le goûter !! Que mes lointains ancêtres m'excusent, je n'ai plus de raisons valables pour partir loin, longtemps en faisant croire que c'est nécessaire, je n'ai plus le choix, je fais partie de cette génération qui au bout du compte devra faire preuve du courage qui a manqué à mes ascendants et assumer mon rôle de père...