A moi, à moi, à moi !!
Je peux pas jouer avec mon fils.
Non. Systématiquement, dès que je joue avec Tristan, Louise rapplique et veut jouer aussi. Que je lui fasse faire des acrobaties, qu'on joue avec des cubes, au ballon ou qu'on regarde un match de foot en sirotant une bière (cochez la mention inutile), Louise vient se mettre entre nous. C'est très énervant. J'aimerais avoir des moments de jeu pur avec mon fils comme j'en ai eu plein avec ma fille, mais non. Et il est hors de question que je ne puisse jouer avec Tristan que quand nous sommes seuls ensemble. Un moment de jeu, ça ne se planifie pas, c'est une envie, un moment de partage improvisé. Un peu comme quand, au boulot, Bricolette arrive avec des cookies et qu'on se jette tous dessus (enfin sur les cookies... quoique certains se jette sur elle aussi) et qu'on est heureux parce qu'ils sont super bon ses cookies. Imaginez un peu, nous sommes en petit comité, mangeant les petits gâteaux, quand soudain des autres gens s'invitent et nous voilà cinquante sur dix cookies, c'est pas tenable.
Mais voila, Louise elle ne comprend pas ça. Si je joue avec Tristan, je dois jouer avec elle. Mais c'est poussé loin, quand je joue avec Tristan, peut importe ce qu'elle fait, elle lâche tout pour venir vers nous. Vous pensez que c'est de la jalousie. Je crois que c'est plus complexe que ça. Voyez vous, Louise a du mal à partager son papa. Pour sa maman, ça va, elle la partage assez facilement, mais moi c'est autre chose. Ce qui ce passe c'est que Louise a très peur d'être abandonnée. C'est quelque chose qu'elle traine depuis un moment. C'est vraiment profond chez elle. Les quelques fois où elle a parlé de la mort, ce qui la terrorisait c'était de se retrouver toute seule. Sa mortalité à elle ne l'effleure pas une seconde, mais que nous puissions mourir et la laisser la fait flipper.
Dernièrement c'est le divorce qui l'a travaillé. Ce n'est pas à cause de ses camarades divorcés, mais d'un dessin animé pour enfants. Elle a compris que quand les parents se disputaient c'est qu'ils allaient se séparer. Il a fallu que Carole lui explique qu'une dispute ne signifie pas séparation. Mais ça la travaille toujours
Oui, je sais, la peur de l'abandon est quelque chose de réccurent chez les enfants. Moi c'est l'envie d'abandon qui me travaille quand ils sont embêtants. Mais ça je peux pas lui dire à ma fille, même au second degré, elle comprendrait pas.
Et moi qui voudrais bien jouer avec mon fils comme j'ai joué avec ma fille, je suis obligé de faire avec les peurs de Louise. Parce que je suis sûr que ça vient de là. Louise n'est pas particulièrement jalouse et elle adore son frère, mais je pense qu'elle croit que si je m'occupe de Tristan, je ne vais plus m'occuper d'elle et l'abandonner. Et ça reste, malgré nos discussions. Ma fille, comme plein de gens, ne m'écoute pas.
Et un jour, elle en aura marre que je sois sur son dos et elle voudra que je la lâche pour qu'elle puisse vivre sa vie. C'est curieux mais je suis sûr que c'est à ce moment là que je regretterai de m'être dit que j'aimerais qu'elle me laisse jouer avec son frère.