Quand je serai vieux, je serai chiant.
Quand mes enfants seront grands, je serai vieux.
J'ai décidé d'être un petit vieux chiant. Il faut me comprendre, je suis un gars plutôt gentil et de bonne composition et, par moment, c'est un peu pesant. Je pense donc qu'à partir d'un certain âge, je m'autoriserai un certain relâchement. Je me vois bien en pépère accâriatre, courant après les infirmières avec mon fauteuil roulant et réclamant à corps et à cris des gâteaux au chocolat. Ouais, je pense que le gâteau au chocolat restera comme mon seul vice.
Mes enfants viendront me voir avec toute la pitié que peuvent avoir les petits cons pour leur parents âgés. Louise me parlera de son travail de médecin et de ses trois enfants et Tristan de son nouveau best seller et de toutes ses conquêtes. Ouais, je sais que c'est un peu simpliste comme vision de l'avenir, mais je ne suis pas un père compliqué. Ils auront de bonnes situations, mes enfants, je serai très fier d'eux mais comme tout les pères un peu couillon je ne leur dirai pas.
En plus Louise aura épousé un type que je ne pourrai pas blairer, un espèce de bêllatre, grand et blond, avec un sourire ravageur et une situation en or, bref le pire des gendres, celui à qui on ne peu rien reprocher. Ils auront des enfants magnifiques que je m'amuserai à pourir avec des cadeaux et des bisous comme belle maman le faisais avec eux. Je la comprendrai enfin et je regretterai de l'avoir embêtée toutes ses années et je boirai un whisky en cachette à sa santé.
Je sermonerai Tristan sur sa vie dissolue et sur le fait que j'aimerai bien qu'il se case avec une fille sérieuse et qu'enfin il arrête de se conduire comme un enfant gâté, et je me dirai doucement qu'il me ressemble quand même un peu.
Carole viendra me voir un peu de temps en temps. Elle ne restera jamais longtemps, je ne supporterai pas son nouvel amant d'à peine soixante ans qui, en plus d'avoir meilleur caractère que moi, l'emmenera en voyage tout à travers le monde. Je lui montrerai que, malgré mon âge avancé, je peux encore avoir une mauvaise foi totale et un manque de tact à rendre dingue. C'est pour ça qu'elle passera me voir dix minutes pas plus, faudra pas qu'elle soit en retard à l'aéroport.
Et je resterai tout seul dans ma petite chambre. J'écouterai les Who à fond, histoire de faire enrager la petite vieille d'à coté qui ne jurera que par Christophe Maé et ses trois albums posthumes qui seront, d'après elle, les meilleurs.
je poursuivrai les infirmières avec mon fauteuil roulant en cherchant à soulever leur blouse avec ma canne. Je serai en permanence en train de râler sur la nouriture trop bio ou pas assez grasse, sur le fait que j'aimerais autre chose que de l'eau pétillante aux repas, qu'il n'y a pas assez de chaines dans la télé ou que la connection internet est trop lente. Je regarderai les rediffusions du Docteur House et hurlerai au plagiat. Je me plaindrai du fait que mes enfants sont des ingrats qui ne viennent jamais me voir et de leur mère qui m'a abandonnée ici comme un mal propre.
Je pourrirai les fêtes de noël et la saint valentin, rien que pour me venger de toutes les fois où il a fallu que j'aime ça. Je détesterai tous les cadeaux que mes enfants me feront, mais je les cacherai pour pouvoir en profiter quand ils seront partis.
Je serai le pire des petits vieux. Juste pour être tranquille. Je pourrai enfin faire l'ours et ne parler à personne. Je serai heureux d'être infernal et insupportable. Et je courerai après les infirmières en fauteuil roulant.
Ouais, ce serait une vieillesse plutôt cool. Encore faut-il que mes enfants me laissent arriver jusque là. Des fois, je me dis qu'ils savent pertinement que je serai chiant quand je serai vieux et qu'ils ont décidé de faire en sorte que je n'arrive jamais à cet âge là.
Ils oublient juste un truc, je suis leur père et s'ils sont têtus, je le suis encore plus.
Ps : Merci à Bricolette pour le délire.