Je ne veux pas travailler
Louise est triste.
Nous devions rentrer tous à la maison, seulement voilà, Carole a chopé une cochonnerie et comme elle n'était pas en état, elle est restée chez ses parents, avec les enfants, un jour de plus. Nous avons expliqué les choses à Louise et à Tristan. Louise a fondu en larmes refusant que je parte loin d'elle. Dieu que c'est dur de dire non à ça.
Moi qui ai du mal à résister aux demandes de ma fille, je dois me faire violence pour ne pas craquer et dire "ok, je reste près de toi". Alors, je discute, je lui explique que je dois aller travailler, que je vais la voir bientôt, que c'est juste le temps que maman aille mieux. Mais comme elle continue à pleurer et à me serrer fort, je commence à lui promettre des cadeaux, des coloriages, des livres, un poney, un scooter enfin toutes ces choses qu'on promet aux enfants pour qu'ils arrêtent de pleurer.
On est tous conscient que ce n'est pas une bonne chose de promettre des cadeaux aux enfants pour les faire se calmer (j'ai le même problème avec mes collègues de travail, toujours promettre des Quick et faire semblant d'oublier après), mais quelques fois c'est la solution la plus facile. Je pense que je pourrais calmer Louise en lui parlant, en lui expliquant les choses plusieurs fois mais ça prendrait des heures (réellement) et puis c'est aussi une guerre d'usure, il y a le risque qu'elle gagne et que je reste.
D'une manière générale, je déteste voir mes enfants pleurer (les enfants des autres, je m'en fout, mais il faut qu'ils pleurent loin de moi), je suis persuadé qu'il y a toujours un moyen de les empêcher de pleurer sans céder à leur caprices. Je cherche à détourner leur attention, j'essaie de les faire rire (tiens je fais aussi ça au boulot, c'est rigolo) ou je leur parle. Mais ça ne marche pas toujours. Carole est souvent plus radicale que moi. Elle les laisse pleurer. Elle n'a pas tort au fond (ça me coûte presque d'écrire ça !), c'est aux enfants d'apprendre à gérer leurs émotions, leur colère et leur frustration. Cela fait partie de leur éducation. Je sais qu'elle n'aime pas non plus que les enfants pleurent, sauf qu'elle sait résister, alors que moi, non.
Je ne peux pas non plus dire à Louise que je n'ai pas le choix, que je dois aller au travail, que ça m'embête mais que c'est comme ça. Si je faisais ça, je donnerais une image négative du travail. Beaucoup de gens ne s'en rendent pas compte, mais les enfants se font une image du monde en fonction de ce que nous en disons. Si nous sommes en permanence en train de dénigrer le travail, les enfants considèreront le travail comme une contrainte. Ils auront le temps plus tard de découvrir les affres de la vie professionnelle, je pense qu'il est important de ne jamais dévaloriser le travail devant eux. Au contraire, il faut leur faire comprendre qu'on peut prendre du plaisir au travail. Ils vont passer des années à travailler, comme nous, le mieux c'est de faire en sorte qu'ils ne vivent pas ça comme une punition.
En plus, j'aime bien mon travail moi. Mes collègues apportent des gâteaux-champignons et moi.. je les mange. J'ai la chance de travailler avec des filles géniales, dans une bonne ambiance, ce qui fait que beaucoup des inconvénients du boulot sont compensés par le travail d'équipe et par le plaisir que j'ai à bosser avec elles. De toute façon, pour moi, un travail doit être plaisant. J'ai quitté quelques emplois parce que je n'avais plus envie d'y aller. Et que me lever le matin devenait une contrainte. Vous me direz qu'on a pas toujours le choix. Mais, moi, comme je ne sais rien faire et que je ne suis spécialiste en rien, je suis donc capable de faire n'importe quel métier. J'en ai déjà exercé plusieurs differents, j'ai été poissonnier, fromager, secrétaire, caviste, j'ai monté des chapiteaux, fais du porte à porte, enfin plein de choses. Ce qui fait de moi un polyvalent complet, et un expert en rien du tout.
Enfin, Louise doit rentrer cet après-midi, avec sa maman et son frère, bien sûr. Me voici donc confronté à deux problèmes, le premier c'est de lui acheter au moins une partie de ce que je lui ai promis (je pense faire l'impasse sur le poney et le scooter), le second, de loin le plus épineux, c'est de me souvenir de ce que j'ai bien pu lui promettre.
Ce qui m'embête, c'est qu'il ne faut pas trop que je me trompe. Louise a une aussi bonne mémoire que moi et est aussi têtue que sa maman.
Ça promet.