Grand, c'est mieux.
Louise grandit.
Elle en est à me demander de la déposer devant l’école plutôt que de l’accompagner jusqu’à la grille. Bon je sais qu’il y a une part de bravade, histoire de pouvoir montrer aux autres qu’elle est une grande. Et puis l’école, elle connait maintenant, elle n’a pas peur d’y aller, elle a même une sorte de seconde vie à l’école, comme les adultes avec le travail.
Elle est à l’âge où elle est super contente d’avoir des devoirs. Les devoirs c’est pour les grands, et maintenant qu’elle en a, elle est grande. Cela lui permet de faire bisquer son frère ou de lui expliquer d’un ton très sérieux, que non elle ne peut pas jouer avec lui parce que tu comprends, j’ai mes devoirs à faire parce que je suis grande et que toi tu es encore trop petit pour en et mais que tu en auras quand tu seras grand, mais que là je dois les faire avecpapa.
Oui parce qu’on a décidé que ce serait moi qui ferais les devoir avec Louise. D’abord parce que je suis là plus tôt à la maison la plupart du temps et surtout parce que Carole étant sa maitresse, c’est mieux que ce soit moi qui fasse le travail prévu à la maison.
Louise s’est bien faite à cette situation, elle fait la différence entre l’école et la maison. A l’école, c’est maitresse, à la maison c’est maman. J’ai même l’impression de sentir une certaine distance quand Louise parle à sa maman à l’école, une distance qui n’existe pas à la maison. C’est fou comme on peut rendre facilement un enfant schizophrène.
Après, elle cherche aussi à en profiter un peu. Elle est très curieuse quand Carole corrige les cahiers à la maison, elle aimerait bien savoir qui a réussi qui s’est planté, histoire de faire sa commère dans la cours je présume.
La barrière école, maison s’étant aussi à Tristan. Mes deux enfants sont très proche, ils jouent beaucoup ensemble. Enfin, ils jouent, ils se disputent, ils se battent, ils se réconcilient et rejouent ensemble. Et pas forcément dans cet ordre d’ailleurs. Mais à l’école, ils ne jouent pas ensemble. Louise joue avec les grands et Tristan avec les petits.
Mon fils ne s’en plaint pas. De toute façon, du moment où il y a un toboggan, de la peinture, de la pâte à modeler et des perceuses en plastique, il est heureux.
Depuis que Tristan est à l’école, c’est vrai que j’ai gagné un peu de tranquillité. Les jours où je ne travaille pas, je peux enfin me reposer sans enfants. Je vais les chercher pour manger le midi, et je peux faire une grosse sieste l’après-midi. Louise à décider que les jours où je ne travaille pas seront les « journées papa » parce qu’ils mangent avec moi le midi et que je vais les chercher le soir.
Ce qui est bizarre pour moi, maintenant que Tristan est à l’école, c’est d’aller les chercher seul. Depuis qu’il a quatre mois, je vais récupérer Louise à la sortie de l’école avec lui. Il a toujours été là, dans mes bras ou par terre à courir partout. Il détournait l’attention des gens qui ne regardaient que lui, il était un sujet facile de conversation avec les autres parents ou les nounous.
Maintenant, je viens tout seul les chercher. Je n’ai plus l’excuse de devoir courir après mon fils pour éviter les conversations ennuyeuses, je suis obligé de parler de la pluie et du beau temps plutôt que de mon fils, je dois faire semblant de trouver les bébés des autres mignons et intéressants, alors qu’il n’arrivent pas à la cheville des miens.
Je ne me plains pas non plus. Je suis plutôt content qu’ils grandissent, je n’ai pas la nostalgie de mes enfants bébés. Moi je préfère pouvoir interagir avec eux, pouvoir parler et rire avec eux, c’est quand même plus stimulant qu’un bébé, même mignon, dont la seule contribution au dialogue familial tiens au fond de sa couche. Plus ils grandissent, plus j’aime parler avec mes enfants, plus j’aime jouer avec eux, découvrir avec eux. Je profite plus d’eux maintenant que quand ils étaient tout petit et je pense que je vais profiter d’eux de plus en plus.
Rien ne me fait plus plaisir que nos repas ensemble, quand non parlons, quand non rions, quand je ne suis pas obliger de me fâcher pour que Tristan mange ou que Louise reste assise sur sa chaise.
Un bébé, c’est mignon, mais quand on y regarde bien, c’est ennuyeux. Alors je suis content que mes enfants grandissent, et j’espère qu’ils vont continuer à grandir et à m’étonner de plus en plus.
Et j’ai hâte de pouvoir avoir de grandes conversations avec eux, de voir comment leur esprit comprend le monde et de confronter ce que je sais avec ce qu’ils espèrent.
Enfin pas trop vite non plus. Ils faut aussi que je profite du fait que je suis encore plus malin qu’eux, ça va pas durer.