Du matin au soir.
L'art de commencer une journée.
Cinq heures, le chat miaule à notre porte, Carole se lève pour la mettre dehors. Mais voilà notre porte est à coté de celle de Tristan, et miauler à notre porte c'est un peu comme miauler à la sienne. Et notre fils a des oreilles bioniques qui ont perçues sans problème les plaintes du Felis silvestris catus. Seulement l'enfant malgré une intelligence non négligeable n'a que dix-huit mois et confond le miaulement du chat avec le chant du coq. Après quelques "Mamaaannn !" et bien que ladite maman lui ai fait comprendre qu'à cette heure là un enfant bien élevé et désireux d'avoir des rapports harmonieux avec ses parents dans l'avenir et dans son intéret doit éviter de les réveiller en hurlant. Mais bon Tristan est a peu près aussi têtu que sa maman, et donc, a peine venait-elle de se rallonger dans le lit parental qu'il reprist ses appels et ses cris.
Je décide donc de m'extirper pour aller faire sa fête au têtard qui se prenait pour une petite sirène. Je le trouve debout dans son lit, ayant enlevé la moitié de son pyjama. Je le gronde, le réhabille et le rechouche. Moi par contre, l'heure de me lever approchant, je décide de devancer l'appel du réveil et de me faire couler un café serré. J'ai à peine le temps de m'exécuter que Louise arrive à petits pas sautillants. Je lui explique qu'il est un peu tôt pour se lever, elle me répond que son frère l'a réveillé en hurlant et qu'elle n'est plus fatiguée. Me voici donc de corvée de petit déjeuner, avec céréales et tartines. J'ai à peine le temps de me servir un café que Tristan appelle de nouveau, cette fois ci bien réveillé et tout pimpant.
Recapitulons : le chat reveille Carole et Tristan. Tristan réveille Carole, Louise et moi. Et moi je fais les petits déjeuners. Avec tout ça, j'ai réussi à partir en retard.
Après tout ça, mes collègues trouvent que j'ai l'air fatigué au travail. Surtout qu'une fois ma journée de travail terminé, je dois aller chercher Tristan chez sa nounou, récupérer Louise à l'école, ramener tout ce petit monde jusqu'à la maison et veiller à ce qu'ils restent en vie jusqu'à l'heure du coucher, ou tout au moins jusqu'a ce que Carole rentre d'une journée au moins aussi fatiguante que la mienne pour veiller à ce que je ne les étrangle.
Et vers dix huit heures, Tristan se dirige tout seul vers la salle de bain et réclame sa douche. Tristan est un fan des douches, il en prend une tous les jours et gare à vous si vous lui dites non. S'il pouvait se déshabiller tout seul, il le ferait et si on l'autorisait, il y passerait bien une heure ou deux. Il n'aime pas les bains, c'est même difficile quand il est chez ses grand-parents de lui en faire prendre un. Par contre les douches c'est son truc.
Après j'ai eu droit à la grand foire du repas. Alors, je vous plante le tableau, Tristan est dans sa chaise, il a une fourchette, il prend une torsade (il est fort quand même, à dix huit mois, il mange avec une fourchette, Louise ne le faisait pas ça), porte le tout vers son visage, hésite un instant entre mettre tout ça dans son oeil ou dans sa bouche et fini par enfourner la nouille (non, ce n'est pas une contrepétrie !!). Pendant ce temps là, je suis obligé de me fâcher pour faire venir louise à table. Je hausse le ton, elle vient s'assoir toute penaude à côté de son frère. Je lance le "et vous manger dans le calme !!" rituel. Et là, Tristan fixe Louise, Louise fixe Tristan, pendant quelques secondes, il n'y a plus de bruit, les enfants se regardent sans bouger. Je sentais qu'ils s'interrogeaient du regard pour savoir quelle conduite tenir. Je me suis tourné pour rigoler (j'étais sensé être en colère, je vous rappelle), et ils ont éclaté de rire. Le reste du repas s'est passé dans la cacophonie habituelle, avec des pâtes qui volent et des assiettes qui tombent. Mais, j'ai bien aimé ce petit instant de silence, même si la suite m'a beaucoup moins plu.
Enfin, à présent, ils sont couchés, et moi je ne vais pas tarder à y aller. Je me sens un peu flagada moi.