des pressions, des questions et des bloque-portes
On devrait commencer par le deuxième enfant.
On est quand même plus cool avec le deuxième enfant qu’avec le premier.
Les jeunes parents ont toujours peur de mal faire et comme il n’existe aucun manuel sérieux qui explique comment être parents, ils font ce qu’ils peuvent.
Il y a la peur de l’accident tout d’abord, cette peur qui nous fait mettre des bloque-portes, des cache-prises électriques, des barrières partout et fermer tous les placards. Carole et moi avons résistés, notamment aux bloque-portes et aux cache-prises, mais ce n’est pas évident quand on est entouré de pub sur la sécurité de nos enfants. Le simple fait d’être parents pour la première fois est générateur de stresse et de peur, peur qui ne nous quittera plus quoiqu’on fasse. En plus, vous avez remarquez que c’est toujours dans ses cas là que votre entourage bien intentionné vous raconte des histoires glauques sur des enfants morts étouffés par leur doudou, par le chat ou amputés à cause d’une porte, ou brulés à cause d’une prise électrique. Que des trucs flippant pour les jeunes parents déjà perdus et plein de questions sans réponses. Avec toujours la petite phrase à la fin :
« Non mais je ne dis pas ça pour te faire peur, c’est juste qu’il faut faire attention »….
Hé, ho t’es payé par les fabricants de bloque portes ou quoi !
Non mais sérieux. Vous savez qu’il existe même des « anti ouverture de lunette de wc ». Je n’ai pas les statistiques mais je pense que nombre d’enfants qui se noient dans les cuvettes de toilette doit être quand même assez limité.
Nous avons résistés, même au baby phone. En fait, l’idée même d’être relié par un talkie-walkie à la chambre de Louise nous semblait aberrante. D’abord, parce que Louise avait la capacité thoracique nécessaire pour que nous l’entendions et puis ce genre d’appareil vous rend esclave de votre enfant et du moindre de ses ronflements.
En fait tous ses appareils participent à une sorte de paranoïa parentale. Vous pouvez installer ce que vous voulez, vous n’empêcherez jamais votre enfant de se faire mal. Se cogner contre un protège coin de table peu faire très mal malgré tout.
Nous, nous avions préféré avertir, prévenir, éduquer plutôt que de surprotéger. Mais la pression sociale est forte.
Mais quand on réfléchit à tout ce qui pourrait arriver à nos enfants à chaque seconde qui passe, on peut soit prendre du recul et leur faire confiance et faire confiance à la vie, soit devenir paranoïaque et entourer nos enfants d’un cocon qui deviendra pour eux une prison. C’est en se trompant qu’on apprend, c’est un se cognant contre un coin de table qu’on se dit qu’il vaut mieux essayer de les éviter à l’avenir.
Quand je regarde en arrière, je me dis que moi et mes sœurs nous sommes passés des dizaines et des dizaines de fois à côtés d’accidents domestiques fatals. Entre les chutes dans les escaliers, les accidents de poussette (oui, bon, j’ai fait basculé la poussette de ma petite sœur, mais ça va hein, j’avais même pas trois ans et elle n’a eu aucune séquelle…. Enfin…Bref… Non, on ne parle plus de ça), les incendies, les bricolages avec les prises électriques et les simples bagarres, je m’en suis bien sorti (là, je ne tolérerai aucun commentaires… Surtout pas de celle qui est tombée de sa poussette…).
Il y a aussi la pression de la réussite. Vous vous rendez compte du nombre de livres, de magazines, d’émissions de télé, de sites internet qui traitent de la façon d’éveiller nos enfants. Et quand vous êtes parents pour la première fois, vous êtes très sensibles à ça.
Je crois que les parents culpabilisent toujours un peu d’avoir donnés la vie. C’est pour ça qu’ils stimulent leur bébé, c’est pour ça qu’ils cherchent à leur donner le meilleur, moins par amour que pour que les enfants devenus grand ne puissent rien leur reprocher. Tous les parents rêvent de pouvoir dire « on a fait le maximum, on lui a donné toutes les cartes pour pouvoir réussir ». Nos enfant doivent réussir, c’est une des contraintes de notre époqueet si l’enfant ne réussit pas, c’est de la faute des parents. C’est une des pressions que nous devons subir. Même si j’ai l’impression que les choses changent.
Cette pression diminue beaucoup avec le second enfant. Elle est toujours là, la pression sécuritaire, l’obligation d’avoir un enfant éveillé, intelligent presqu’en avance sur les autres. Ce n’est pas qu’on soit moins sollicité par tout l’environnement publicitaire, pédophsy-machin qui connait mieux nos rejetons que nous, c’est juste que,au deuxième enfant, on sait, on a moins envie de se prendre la tête.
Je sais qu’on a beaucoup stimulée Louise petite, elle a toujours été éveillée mais on l’a beaucoup poussée. Enfin c’est le sentiment que j’ai parfois. Je ne sais pas ce qui en elle tient de ce qu’elle est ou de ce que nous lui avons inculqué. C’est le grand mystère de l’inné et de l’acquit. Parfois, j’ai l’impression qu’on a reporté sur elle une partie de la pression que nous avions. Cette nécessité sociale d’avoir des enfants brillants. Parfois je me sens plus responsable de ses névroses que de sa réussite scolaire.
Tristan n’a pas connu ça. On le laisse tranquille, on le stimule moins et pourtant il est tout aussi intelligent et éveillé que sa sœur. Il est différent d’elle mais pas moins brillant qu’elle. Et pour nous c’est plus cool aussi, on autorise à notre fils des choses qu’on n’aurait pas laissé passer pour Louise.
Quand je les compare tous les deux, je me rends compte qu’ils ont chacun des traits de caractère de Carole et de moi. Pas complètement, ils se partagent nos caractères en quelque sorte, ce qui fait qu’ils sont comme nous mais différents. Je ne pourrai jamais dire si ce qu’est Louise, ce qu’elle deviendra plus tard sera le fruit de notre éducation ou de nos gènes, probablement que ce sera tout cela et beaucoup plus. Je ne peux pas dire si le fait que Tristan soit plus posé et plus tranquille que sa sœur vient du fait qu’on le laisse plus vivre sa vie qu’on l’a fait avec Louise ou si c’est juste son caractère.
Je crois que je m’inquiète trop. Mais je crois que je ne peux pas faire autrement. Je ne me projette pas en eux, je ne cherche pas à faire de mes enfants ce que je ne serai jamais ou ce que je n’ai pas pu être. J’essaie juste d’être le meilleur père possible et sans réelle référence j’essaie d’avancer sur un chemin que je défriche en même temps que je l’arpente.
Ou alors, je me pose simplement trop de questions.