Entre la poire et la bûche
C'est Noel.
Pendant que tout le monde festoie, je m'éclipse un peu. Tristan dort, Louise joue avec ses cousines. Tout le monde s'amuse bien, moi aussi. Bien que je ne sois pas un grand fan de la foule (ce qui est bien avec le travail que je fais).
Je ne sais pas pour vous, mais moi, les repas de famille ça m'épuise. Ça m'amuse mais ça m'épuise. J'ai toujours l'impression de devoir faire attention. On ne peut pas se lâcher dans un repas de famille. On ne choisit pas sa famille, mais on la connaît. On sait donc quel sujet on peut aborder, quel autre éviter. A qui il faut parler de ses soucis, à qui il faut surtout éviter de parler de trucs personnel et qui on doit écouter parce que de toute façon il n'écoute pas les autres et que la seul façon de communiquer avec lui et de le laisser raconter sa vie.
Dans un dîner comme ça, il y a toujours les gens qu'on a hâte de revoir et ceux qu'on craint de croiser parce qu'on a rien à leur dire. Les discutions restent banales pour ne pas risquer que cela dégénère. On s'amuse avec des choses futiles, des histoires drôles et, au final, on passe un bon moment. De temps en temps on arrive à avoir une conversation intéressante avec une personne mais il y a toujours quelqu'un qui se pointe, qui s'incruste et qui en fait éclater cette bulle que vous vous étiez crée.
Un repas de famille, c'est un concentrer de vie en société. Vous pouvez être différent de d'habitude, le comptable austère peut devenir un joyeux luron, mais en fait vous changer de rôle, vous n'êtes toujours pas vous.
On nous rabâche, dans les séries à deux balles et dans les romans sentimentaux, que l'important, c'est d'être soi. Quelle connerie. Si chacun d'entre était vraiment soi, la Société (avec un grand "S", celle qui fait que nous vivons ensemble) exploserait. Nous faisons tous partie d'un groupe d'individus qui doivent vivre ensemble (au passage, c'est la première règle de l'espèce humaine pour survivre, être en groupe). Si
l'individu devient plus important que le groupe, le groupe disparaît.
L'important est ce que nous montrons de nous et ce que nous apportons au groupe. Très peu de gens s'intéressent à ce que vous êtes vraiment. Et même parmi les gens qui vous sont proche. Le plus souvent, on se contente de ce que vous montrez de vous.
Moi ça me va. Je suis content que les gens ne sachent pas tout de moi, ça me va qu'on me sous estime ou qu'on se trompe sur moi. Je ne rétablis la vérité que pour les gens qui me sont important. De toute façon, j'ai besoin qu'une part de moi reste inaccessible. J'ai besoin d'un endroit où je peux laisser errer mes pensées librement et sans contraintes. Tout ne doit pas être dit de nos pensées. Le fait que nous vivions en société nous impose de prendre un minimum soin de ne pas blesser les autres.
En plus, comment peut on me connaître ?? Moi, vous, tous (ou presque), nous sommes tellement complexes que personne ne peux nous comprendre entièrement . Les gens me connaissent, connaissent une partie de moi et plus on s'approche de ma sphère intime, plus ils savent des choses de moi, mais personne ne me connaît vraiment, je suis pas sûr que moi je me connais complètement, alors les autres. Si nous nous connaissions si bien, jamais nous ne nous demanderions pourquoi nous avons agit de tel façon, pourquoi nous avons fait tel choix, ni : "qu'est-ce que je suis con d'avoir fait ça".
On doit tous faire des efforts pour vivre en communauté. Et ceux qui prétendent qu'ils sont dans la vie comme ils sont vraiment sont au mieux des menteur, au pire des égocentriques.
Les gens qui m'ont le plus marqués dans ma vie sont les gens que j'ai appris à connaître. J'ai appris d'une amie, il y a longtemps, qu'on ne devait jamais jugé quelqu'un au premier abord. La première impression n'est jamais la bonne. Ceux que vous croyez superficiels peuvent se révéler d'une richesse sans pareil. J'ai la chance d'avoir croisé, tout au long de ma vie des gens qui m'ont fait grandir, qui m'ont ouvert des fenêtres sur des cieux nouveaux. Ces gens là sont souvent des personnes que j'avais mal perçu au départ et que les circonstances m'ont fait découvrir mieux. Encore maintenant, j'apprends des autres, tous les jours.
J'ai la chance d'avoir des collègues de travail qui ne cessent de me surprendre et qui m'empêchent de me prendre pour ce que je ne suis pas. J'ai la chance d'avoir Carole qui me pousse, me bouge, qui m'a changé en profondeur, qui m'a fait accepter des choses que jamais personne n'avait réussi à me faire accepter, qui m'a amener là où jamais je ne pensais aller. Et qui continue à m'étonner (surtout parce qu'elle arrive encore à me supporter). J'ai changé par et pour elle, et je sais qu'elle a fait de même. Nous ne sommes plus ce que nous étions quand nous nous sommes rencontrés et c'est tant mieux. Ne pas changé, c'est ne pas apprendre, ne pas apprendre c'est ne pas vivre.
J'apprends de mes enfants, tous les jours. Ils ont fait de ce que j'étais un père. Ils m'ont appris cet amour puissant qui uni les parents aux enfants. Ils m'ont appris la peur sourde qu'on a dès leur naissance et qui ne nous quittera plus. Peur qu'il leur arrive quelque-chose, peur de rater leur éducation, peur de les perdre en même temps, peur d'avoir trop peur pour les laissés avancés seul. Ils m'ont appris à être fière. A moins dormir. Ils grandissent et je grandis avec eux.
...Et, j'arrête d'écrire quand Louise vient me sauter dessus. Il est temps que je retourne à la civilisation et aux bûches de Noël.
Bon Noël, encore.