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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 10:12

La vie de génie dans une bouteille est plutôt tranquille.

Évidemment, il ne faut pas avoir besoin d’une vie sociale exaltante. Pas question de soirées entre amis ni de folles virées à travers la ville, passant de bars en boites de nuits. Contrairement à tout ce qu’on pourrait penser, la vie de génie est une vie sage et rangée. Rangée dans sa bouteille bien sûr.

Là encore, il ne faut pas penser que la bouteille est un lieu austère, triste et vide. Ce n’est pas non plus un palais dégoulinant de richesse dont nous serions les seuls à pouvoir jouir. La bouteille est un lieu, certes simple, mais confortable et agréable à vivre qui a l’avantage, comme tout lieu magique, de pouvoir se réinventer au gré de nos envies ou de lui-même parfois.

Vu comme ça, on pourrait penser que ma vie ressemble un peu à celle de vos moines. Une vie simple et contemplative, en retrait du monde. C’est un peu le cas. Je vois le monde changer, je suis un observateur certes, mais un observateur attentif de toutes vos dérives.

Ce qui me différencie le plus de toutes les créatures et notamment de vos ascètes prieurs monocorde pour divinités sourdes, c’est le pouvoir. Le mien est infini. Je peux tout. Je suis juste lié par des règles, je ne peux utiliser mon pouvoir de mon propre chef que dans les limites de ma bouteille et je ne peux l’utiliser hors de ma bouteille que pour exaucer des vœux. Trois et trois seuls en l’occurrence.

Je sais que vous avez l’habitude de chercher le pou sur la tête du bonze. Qui définit les règles ? Dieu ? Pourquoi trois vœux et pas dix ? Pourquoi une lampe ou une bouteille ? Je pourrais vous poser des questions semblables, pourquoi êtes-vous incapable de retourner à hier ? Est-ce Dieu qui a décidé que vous ne pouviez pas voir les infra-rouges ? Pourquoi vous êtes un animal si lent à grandir ? Comme pour vous, il existe des explications pour chacune de nos règles mais il vous faudrait apprendre beaucoup de choses et en désapprendre encore plus pour les appréhender. Alors contentez-vous d’accepter les choses telles que vous les percevez.

Ma vie, ma quasi éternité à vos yeux, est ainsi faite. Je navigue de part le monde, flottant au long des courants, passant de mers chaudes en océans glacés. J’aime ce monde, il est tout autant mon monde que le vôtre, soit dit en passant. Vous y agissez, vous le transformez, vous le défigurez souvent mais vous n’avez pas plus de droit sur lui que le premier ver de terre venu. Lui accompli sa tâche avec régularité et la patience de ses espèces qui ont vu passer et disparaître des tas de champions de la chaine alimentaire. Quand une pyramide s’écroule, c’est le sommet qui disparait, la base reste toujours.

L’ennui pour moi, c’est l’histoire des vœux. D’abord parce que je déteste voir des gens. Et surtout parce que les hommes sont désespérant. Ils se croient tous plus malins les uns que les autres. Je ne compte plus le nombre de fois où ils ont fait le vœu d’avoir plus de vœux. Il y a des règles. Un humain ne vole pas. Et même si je te jette d’un avion et que tu te mets à battre frénétiquement de tes bras pour imiter le vol de l’oiseau en criant « Je suis un pélican », tu n’en es pas un. Tu as cru tromper la nature en faisant ça ? Il y a des règles, mettez-vous ça en tête.

L’Homme est pathétique. Oh, je sais bien ce que vous vous dites, si j’avais trois vœux, je changerais le monde, je bannirais la famine et la guerre, je ferais disparaître la maladie, je rendrais enfin ce monde beau et joyeux. C’est bien gentils tout ça, mais voyez en quelques dizaines de milliers d’années, je n’ai jamais vu quelqu’un demander ça. Bien sûr, il y a eu un vœu ou deux pour soigner un être proche, mais jamais le monde. Il fallait guérir la maman, le papa, la fiancée mais jamais éradiquer la maladie de la planète, non. Par contre, les richesses, l’or, les diamants, le pouvoir, la célébrité, ça j’ai eu la demande à chaque fois. Même ceux qui voulaient que je guérisse leur pauvre mère demandaient de l’or avant. Pourtant, trois vœux devraient suffire à sauver le monde pour un temps.

Je n’ai jamais vraiment réfléchis à ce que je ferais si quelqu’un me demandait de mettre fin à la faim dans le monde. Est-ce que je rendrais toutes les terres fertiles au risque de modifier toute l’écologie de la planète, de détruire des millions d’espèces animales et végétales et de provoquer une crise sans précédent dans l’histoire humaine provocant guerres et destructions ? Ou est-ce que je changerais la physiologie humaine pour qu’il puisse manger n’importe quoi, détruisant toute l’industrie agroalimentaire de la planète et créant une crise sans précédent etc…

Parce que le principe des vœux, c’est que vous avez ce que vous avez demandés, pas l’idée que vous vous en faites. Avec la célébrité vient le harcèlement perpétuel, avec la richesse, l’envie, la jalousie, la solitude. Demandez-moi un coffre rempli de pièces d’or, comment allez-vous le déplacer si vous êtes sur une plage ? Comment allez-vous l’écouler ? Vous vous voyez arriver à la banque avec votre coffre rempli d’or ? Vous allez vous retrouver avec tout un tas d’ennuis très vite.

Ça arrive pratiquement à chaque fois, un vœu ou deux qui vire au cauchemar. La petite fiancée malade que j’ai guéri est devenue une mégère infâme, pourrie d’or et de richesses. Le pauvre jeune homme a fini sa vie seul dans son palais, diluant sa rancœur dans l’alcool et les orgies.

Bon, je ne vous cache pas que de temps en temps, j’aime bien jouer des tours aux hommes. Je respecte leurs vœux, j’interprète juste ce qu’ils ne disent pas, je perverti une imprécision. C’est mon côté farceur. Et puis aussi, c’est le prix à payer pour m’avoir dérangé.

Vous me faites pitié parfois. Pauvres humains incapables de changer le monde en trois vœux. Incapable de comprendre que ses vœux ne sont rien d’autre que des épreuves. Je vous teste, l’univers vous teste en réalisant trois de vos souhaits. Parce que ce n’est pas ce que je vous donne le plus important, c’est ce que vous en faites. Et vous en faites tous la même chose. Je vous offre le moyen de changer le monde et vous y renoncez presque immédiatement, comme si la tâche était trop lourde, vous baissez les bras pour vous rabattre sur l’argent et le pouvoir, la consolation des lâches.

Vous allez me dire que vous êtes différents, que si c’est vous qui trouvez un jour ma bouteille vous agirez comme personne ne l’a fait, vous changerez le monde pour de bon, pour le rendre plus beau. Moi je ne crois pas. Si L’Homme voulait rendre le monde plus beau, il pourrait le faire, sans avoir besoin de souhaits. Et L’Homme coupable cours après l’argent.

Voilà pourquoi ma bouteille sera toujours plus agréable que nos rencontres. Le monde est grand, imprévisible et d’une infinie beauté. Vous êtes petits, laidset si prévisibles.

Une prophétie dit que le jour où un homme fera un vœu pour sauver son espèce alors nous serons libres. Je dors tranquille et bien au chaud dans ma bouteille pour très longtemps encore.

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